Maison Pfister à Colmar : la maison qui a inspiré Le Château ambulant

Quel est le point commun entre une maison de marchand vieille de près de 500 ans, en Alsace, et un film d'animation japonais ?
Bien plus qu'on ne pourrait l'imaginer.
Si vous avez vu Le Château ambulant, le film du Studio Ghibli réalisé par Hayao Miyazaki, certains bâtiments de Colmar vous sembleront étrangement familiers. Les maisons anciennes de la ville ont contribué à inspirer les décors du film, et l'une d'elles se distingue particulièrement : la maison Pfister.
Avec son oriel d'angle, sa galerie en bois, ses façades peintes et sa silhouette singulière, cette demeure du XVIe siècle rappelle les rues de la ville animée.
Mais la véritable histoire de la maison est tout aussi surprenante. Elle a été construite par un chapelier qui avait fait fortune dans le commerce de l'argent, décorée par un autre marchand qui a transformé ses murs en une véritable galerie de peintures religieuses et politiques, puis baptisée du nom d'une famille arrivée près de trois siècles après sa construction.
Voici les histoires qui se cachent derrière la maison Pfister à Colmar, et les détails à observer lors de votre visite.
La maison Pfister a-t-elle inspiré Le Château ambulant de Miyazaki ?
Imaginez un studio d'animation japonais à la recherche du décor idéal pour une ville européenne de conte fantastique. Où trouver des maisons aux formes originales, des toits pentus, des fenêtres en saillie et des ruelles anciennes ?
L'Alsace a fourni une partie de la réponse, notamment Colmar et Riquewihr.
Le Studio Ghibli s'est inspiré de l'architecture traditionnelle de la région pour créer les décors du Château ambulant, réalisé par Hayao Miyazaki et sorti au Japon en 2004, puis en France en 2005.
L'Office de tourisme de Colmar cite expressément la maison Pfister et le Koïfhus, l'ancienne douane, parmi les bâtiments emblématiques que l'on retrouve dans l'univers architectural du film.
Pour les amateurs de Miyazaki, la maison Pfister permet ainsi de comparer un véritable édifice historique avec les décors d'un film fantastique.
Observez son angle en saillie, sa longue galerie en bois et sa toiture caractéristique. Ces éléments permettent de comprendre pourquoi l'architecture colmarienne se prêtait si bien à l'univers imaginé par le Studio Ghibli.
Ce qui rend cette histoire encore plus étonnante, c'est que la maison avait déjà près de 470 ans lorsque le film est sorti.
Une demeure de marchand construite en 1537 venait de trouver un nouveau public grâce à l'animation japonaise.
Il faut toutefois faire une distinction importante : la maison Pfister est liée aux décors de la ville représentée dans le film, et non au château mobile lui-même.
Et même si l'influence de Colmar est documentée, rien ne permet d'affirmer que Miyazaki s'est personnellement arrêté devant cette maison précise.
Le lien entre ce bâtiment alsacien et le cinéma japonais est déjà suffisamment étonnant.
Le chapelier qui avait fait fortune grâce à l'argent
L'histoire de la maison Pfister commence avec un homme dont le métier peut prêter à confusion.
Il s'appelait Ludwig Scherer, également connu sous le nom de Louis Scherer. Originaire de Besançon, il exerçait le métier de chapelier.
On pourrait imaginer qu'il avait simplement prospéré en vendant des chapeaux. Mais sa fortune provenait aussi d'un commerce bien plus lucratif : celui de l'argent.
Au XVIe siècle, le Val de Lièpvre, à l'ouest de Colmar, était une région minière importante. L'exploitation de l'argent y alimentait les échanges et offrait des possibilités d'enrichissement aux marchands de métaux précieux.
Selon l'Office de tourisme de Colmar, c'est grâce à ce commerce que Scherer fit fortune.
En 1537, il investit une partie de sa richesse dans la construction d'une imposante demeure, rue des Marchands, au cœur de Colmar.
Regardez l'emplacement de la maison.
Elle occupe un angle bien visible, avec un oriel à deux étages qui attire immédiatement le regard. Au-dessus se trouve une galerie en bois, tandis qu'une tourelle d'escalier octogonale donne au bâtiment sa silhouette si reconnaissable.
Ce n'était manifestement pas une maison destinée à passer inaperçue.
Pour un marchand prospère, posséder une demeure aussi remarquable permettait d'afficher sa réussite auprès de ses voisins, de ses clients et des autres familles influentes de la ville.
Scherer avait transformé les profits du commerce en quelque chose de durable : un bâtiment qui témoignait de sa richesse aux yeux de tous.
L'ironie, c'est que près de cinq siècles plus tard, nous admirons toujours sa maison, mais nous la connaissons sous le nom d'une autre famille.
Nous y reviendrons.
Le marchand qui a transformé la façade en galerie de peintures
Voici un détail qui rend l'histoire de la maison Pfister encore plus intéressante.
L'homme qui a fait construire la demeure n'est pas celui qui a commandé les célèbres peintures de sa façade.
Quelques décennies après la construction, un autre marchand entre en scène.
Il s'appelait Claus Sattmann, également désigné sous le nom de Nicolas Sattmann, et faisait le commerce des draps.
C'est lui qui fit décorer les façades d'un ensemble remarquable de peintures.
Imaginez que vous commandiez des œuvres d'art pour votre maison, mais qu'au lieu de les conserver dans votre salon pour votre famille et vos invités, vous les fassiez peindre à l'extérieur, à la vue de tous les passants.
C'est en quelque sorte ce qui s'est passé à la maison Pfister.
Les peintures représentent des empereurs germaniques, des scènes bibliques, des figures de la tradition chrétienne et des allégories de vertus comme la Foi et la Justice.
Un ensemble assez étonnant pour les murs extérieurs d'une résidence privée.
Mais ce décor en dit long sur le monde dans lequel vivait Sattmann.
Pourquoi peindre des empereurs et des scènes bibliques sur sa maison ?
Dans la Colmar du XVIe siècle, les riches marchands ne cherchaient pas seulement à gagner de l'argent. Ils pouvaient également être fiers de leur instruction, de leur culture religieuse et de leur place dans le Saint-Empire romain germanique.
Les peintures de la maison Pfister réunissent précisément ces différentes préoccupations.
Les empereurs germaniques évoquent le système politique auquel appartenait alors Colmar.
Les scènes bibliques et les personnages chrétiens rappellent l'importance de la religion et du savoir.
Les allégories de la Foi et de la Justice représentent des valeurs familières aux personnes instruites de l'époque.
L'ensemble ressemble presque à une collection illustrée des idées et des valeurs que son propriétaire souhaitait afficher aux yeux de la ville.
Le patrimoine municipal de Colmar présente ces décors comme une expression de la culture humaniste de la bourgeoisie locale.
Autrement dit, les peintures ne servaient pas uniquement à embellir la façade. Elles permettaient aussi de donner l'image d'un propriétaire cultivé, prospère et conscient de sa position sociale.
Le programme décoratif est généralement associé à l'année 1577. Les peintures sont probablement l'œuvre de Christian Vacksterffer, mais cette attribution reste incertaine.
Ainsi, lorsque vous regardez la maison Pfister aujourd'hui, vous découvrez en réalité les ambitions d'au moins deux marchands fortunés.
Scherer a fait construire la demeure. Sattmann a contribué à lui donner l'apparence remarquable que nous lui connaissons.

Trois détails à observer sur la façade de la maison Pfister
La maison Pfister est considérée comme le premier exemple d'architecture Renaissance à Colmar, même si elle conserve plusieurs caractéristiques médiévales.
Il n'est pas nécessaire d'être spécialiste d'architecture pour apprécier ce mélange.
Voici trois éléments qui méritent particulièrement votre attention.
1. L'oriel d'angle qui surplombe la rue
Commencez par la grande fenêtre qui dépasse de l'angle du bâtiment.
Il s'agit d'un oriel, une avancée vitrée qui, dans le cas de la maison Pfister, s'élève sur deux étages.
Il permettait aux habitants de bénéficier de davantage de lumière et d'une vue sur les rues voisines.
Mais il donnait aussi à l'angle de la maison son caractère spectaculaire.
Remarquez le soubassement en pierre sculptée qui soutient cette structure.
2. La galerie en bois
Levez maintenant les yeux vers la galerie en bois et sa balustrade.
Cet élément rappelle les traditions architecturales plus anciennes de l'Alsace.
Son aspect ouvert contraste avec la masse de pierre située en dessous et contribue à l'apparence particulière des étages supérieurs.
Cette association du bois, de la pierre et des éléments en saillie explique pourquoi la maison semble appartenir à la fois au monde médiéval et à celui de la Renaissance.
3. La tourelle d'escalier octogonale
Repérez enfin la haute tourelle qui s'élève le long du bâtiment.
Elle possède huit côtés et abrite un escalier permettant de circuler entre les étages.
Sa forme inhabituelle et sa toiture contribuent à la silhouette si particulière de la maison.
Ensemble, la tourelle, la galerie et l'oriel forment les éléments les plus reconnaissables de cette demeure, ceux qui permettent aussi de faire le rapprochement avec les rues animées du Château ambulant.
Avant de poursuivre votre promenade, regardez une nouvelle fois les murs peints.
La maison associe des traditions architecturales différentes à un décor réalisé au cours d'une génération ultérieure.
Ce qui semble être un seul ensemble historique est en réalité le résultat des interventions de plusieurs propriétaires.

Figures allégoriques : la Foi et la Justice
Le programme décoratif peint comprend également des figures allégoriques, notamment la Foi et la Justice.
Une allégorie est une figure utilisée pour représenter une idée ou une vertu.
La Foi était une vertu religieuse importante, tandis que la Justice symbolisait un idéal de conduite morale et de jugement équitable.
Ces figures étaient courantes dans l’art de la Renaissance, époque où les artistes utilisaient des symboles classiques et chrétiens pour transmettre des idées morales.
Leur présence sur la Maison Pfister reflète les goûts intellectuels d’une riche famille de marchands.
Pourquoi s'appelle-t-elle maison Pfister si elle a été construite par Scherer ?
L'histoire réserve un dernier rebondissement.
La maison a été commandée par Ludwig Scherer en 1537. Ses célèbres peintures ont ensuite été associées à Claus Sattmann, quelques décennies plus tard.
Pourtant, aucun de ces deux noms n'est celui que nous utilisons aujourd'hui.
C'est la famille Pfister, propriétaire et occupante de la maison entre 1841 et 1892, qui lui a finalement laissé son nom.
La famille entreprit des travaux de restauration et devint si étroitement associée au bâtiment que son nom s'imposa dans l'usage courant.
Voilà comment l'une des demeures les plus célèbres de Colmar est devenue la maison Pfister.
Construite grâce à la fortune tirée du commerce de l'argent, décorée par un marchand de draps et devenue célèbre jusque dans l'univers d'un film d'animation japonais, elle porte aujourd'hui le nom d'une famille du XIXe siècle.
Une belle démonstration qu'un bâtiment peut raconter plusieurs histoires à la fois.
Où se trouve la maison Pfister et peut-on la visiter ?
Adresse : 11 rue des Marchands, 68000 Colmar, France.
La maison Pfister se situe dans le centre historique de Colmar, à proximité de la collégiale Saint-Martin et du musée Bartholdi.
Il s'agit d'une propriété privée, dont les étages historiques ne sont généralement pas ouverts à la visite touristique.
En revanche, vous pouvez admirer gratuitement sa façade depuis la rue.
Pour profiter de la meilleure vue d'ensemble, placez-vous de manière à voir simultanément l'oriel d'angle, la galerie en bois et la tourelle.
Approchez-vous ensuite pour distinguer les peintures situées au-dessus des arcades du rez-de-chaussée.
La façade et la toiture ont été restaurées en 2012, contribuant à préserver les éléments qui font de cette demeure l'un des monuments les plus reconnaissables de Colmar.
Découvrez d'autres histoires avec une visite audio de Colmar
La maison Pfister est loin d'être le seul bâtiment de Colmar à cacher une histoire inattendue.
À quelques minutes de marche se trouve le Koïfhus, l'ancienne douane où les marchands payaient autrefois des droits sur leurs marchandises. La maison des Têtes se distingue par les nombreux visages sculptés qui ornent sa façade. Quant à la Petite Venise, ses canaux et ses maisons colorées rappellent un ancien quartier de travail, bien différent du paysage touristique actuel.
Si vous aimez comprendre les histoires qui se cachent derrière les monuments, Tourific propose une visite audioguidée et autonome de Colmar.
Le parcours comprend la maison Pfister et d'autres lieux historiques. Vous écoutez les commentaires directement sur votre smartphone en suivant l'itinéraire à votre rythme.
Une fois téléchargée, la visite est également accessible hors connexion.
Questions fréquentes sur la maison Pfister
La maison Pfister apparaît-elle dans Le Château ambulant ?
L'Office de tourisme de Colmar présente la maison Pfister comme l'un des monuments ayant inspiré les décors architecturaux du Château ambulant. Sa silhouette rappelle certains bâtiments visibles dans les scènes de ville, mais elle n'a pas servi de modèle au château mobile lui-même.
Quand la maison Pfister a-t-elle été construite ?
Elle a été construite en 1537 pour Ludwig Scherer, un chapelier devenu riche grâce au commerce de l'argent.
Qui a peint la façade de la maison Pfister ?
La décoration a été commandée à l'époque du marchand Claus Sattmann. Elle est probablement attribuable à Christian Vacksterffer, sans que cette attribution soit certaine. La campagne de peinture est associée à l'année 1577.
Pourquoi la maison Pfister est-elle célèbre ?
Elle est considérée comme un exemple majeur des débuts de la Renaissance architecturale à Colmar. Elle est connue pour son oriel d'angle, sa galerie en bois, sa tourelle d'escalier et ses peintures murales. Elle possède également un lien avec les décors du film Le Château ambulant.
Peut-on entrer dans la maison Pfister ?
La maison est une propriété privée. Ses étages historiques ne sont généralement pas accessibles aux visiteurs, mais sa façade peut être admirée gratuitement depuis la rue des Marchands.



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